La liste du maire sortant a présenté, dans une profession de foi, un compte-rendu bien modeste de son mandat en insistant sur sa difficulté à faire plus. Dans ce texte, le maire sortant flatte « l’ouvrier », « les travailleurs », les « familles ouvrières ». Il est vrai qu’AVION est devenue, dès 1900, une ville à dominante ouvrière. La profession de foi de la liste du P.O.F, conduite par Octave DELCOURT, est inspirée par l’idéologie guesdiste. Elle annonce clairement ses options politiques. Qu’on en juge :

''La classe ouvrière, organisée en parti politique, vous présente une liste composée de camarades adhérents soit au Parti Ouvrier Français, soit à la Ligue Socialiste, pour la conquête des pouvoirs municipaux. Pour hâter l’écrasement de la réaction qui nous a trop dominés à AVION, nous aurions pu, par une réunion immédiate de toutes les forces démocratiques, vous présenter une liste de concentration républicaine-socialiste, mais dans une élection, même municipale, il y a aussi en cause la question politique et surtout la question sociale. Tout parti a ses conceptions propres et un idéal au point de vue politique et économique, c’est pourquoi, Citoyens, il convenait au parti des travailleurs de vous présenter une liste répondant à ses aspirations, et de ce fait permettre au suffrage universel de manifester sans équivoque sa volonté et ses préférences.''

Pour mieux comprendre le contenu de classe de cette profession de foi, il faut se référer à la motion qui avait été adoptée peu de temps après les élections de mai 1900 par le XVIIIème Congrès du P.O.F., siégeant à IVRY les 20 et 21 septembre 1900. Cette motion, intitulée « socialisme communal », mettait en garde contre le « municipalisme » qui était de mise dans les municipalités dirigées par les réformistes. Elle mettait évidence les limites de la gestion municipale et appelait à réagir contre tout glissement opportuniste en ce domaine. Ainsi donc, le 6 mai 1900 est-il une date à retenir dans l’histoire locale. Pour la première fois, la ville d’AVION est gérée par une municipalité ouvrière et dirigée par un maire ouvrier, Octave DELCOURT. __Le 26 décembre 1891, Jules GUESDE écrit dans « Le Socialiste » : « Nous ne faisons pas d’illusions sur le pouvoir communal... mais les municipalités conquises par le Parti Ouvrier seront autant de positions enlevées à la classe capitaliste, affaiblie d’autant. Elles constitueront autant de bases d’opérations pour nos luttes ultérieures. A une condition : c’est qu’une fois entre nos mains nous soyons en mesure de les conserver ».__ Octave DELCOURT, jusqu’à sa mort en 1919, conserve la municipalité à la classe ouvrière Avionnaise. La conquête de la municipalité n’atténue ni les luttes ouvrières, ni les divergences entre les baslycots et les guesdistes. C’est en fait sur le plan syndical que la lutte se joue réellement. Les trois grandes grèves, de 1901 à 1902, voient s’affronter les deux clans. Le P.O.F., pousse à la grève et s’efforce d’en recueillir les fruits, tandis que les chefs syndicaux freinent l’action et n’hésitent pas à la faire avorter en essayant de faire porter l’échec de la grève aux guesdistes et au Jeune Syndicat. D’ailleurs, cette tactique réussit et si DELCOURT voit, lors des législatives de 1902, ses positions renforcées à AVION, il n’en est pas de même ailleurs où le P.O.F. enregistre un échec.

Section communiste du PCF Avion