Ainsi, sur 96 mineurs décédés en 1947, 76 ne sont pas originaires d’AVION. Un avionnais, Omer DEBRABANT, directeur d’école en retraite, ancien secrétaire départemental du S.N.I., nous a écrit le 17 avril 1988 : « Je sais peu de choses sur les hommes d’avant la première guerre mondiale. J’avais six ans en 1914, ce que je sais, je le tiens de mon père. Il était né à ABSCON, dans un coron des mines d’ANICHE. Orphelin très jeune, il avait été élevé par son beau-père, Hippolyte CARON, libre penseur, syndicaliste, socialiste. Après chaque grève, il avait « son livret » (il était licencié). Vers 1895, il vient à AVION pour travailler au n°4. Il fut le compagnon d’Octave DELCOURT. Licencié à nouveau lors des grèves de 1906, Octave DELCOURT le nomma fossoyeur municipal. Il fut tué lors d’une manifestation en 1911 à AVION entre les deux ponts de la cité. Ma grand-mère continua d’être hébergée gratuitement dans l’ancien presbytère jusqu’à l’évacuation d’AVION en 1917. Pour comprendre l’esprit d’avant-garde de l’électorat avionnais, il faut s’attarder sur l’immigration sur le sol avionnais entre 1900 et 1914... Contrairement aux autres compagnies, la Compagnie des Mines de LIEVIN était dans les mains de capitalistes protestants – pas mieux que les autres dans l’âpreté de l’exploitation – dans ses corons on ne construit pas d’église ; ils firent confiance à l’enseignement public. Pour être embauché aux mines de LENS, de COURRIERES, etc.... il fallait d’abord s’adresser au curé pour avoir du travail et une maison. Aux mines de LIEVIN, on ne s’adressait qu’à l’ingénieur, généralement protestant lui-même. Les mines attirèrent les ouvriers agricoles, les journaliers saisonniers, les cadets des petits exploitants de tous les villages ruraux ; main d’œuvre docile et inexpérimentée. Chaque jour, un train déversait une centaine d’ouvriers venant d’ACHICOURT, de BAILLEUL, de FARBUS, de VIMY. On les appelait « les Arpètes ». Mais les Mines avaient surtout un pressant besoin d’ouvriers qualifiés, d’hommes habitués aux rudes travaux du fond. On est allé les chercher dans le Nord. La concurrence jouant entre les compagnies, de petits avantages étaient accordés et ainsi étaient attirés les mineurs d’ANICHE, d’ANZIN et du Borinage. Tous les mécréants, les libres penseurs, les révoqués, tous ceux qui refusaient d’aller voir le curé se rabattirent sur la Compagnie de LIEVIN ; Ainsi le 4 devint la Cité Rouge. L’opposition entre le 4 et le village était violente et les élections étaient l’occasion de rudes bagarres entre les « Pieronnistes » et les socialistes. Ces derniers, conduits par Octave DELCOURT, l’emportèrent définitivement en 1904 ». Ce témoignage d’Omer DEBRABANT peut être complété par les statistiques sur l’immigration. La plus importante est l’immigration polonaise.

Section communiste du PCF Avion